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À l’occasion de la diffusion, sur Netflix, du film le Blues de Ma Rainey, retour sur le rôle musical et social essentiel de la frondeuse diva afro-américaine qui, dans les années 1920, défiait l’ordre établi, alors que sévissait le KKK à son apogée.

En nos temps effarants où perdure la barbarie raciste, il faut voir le film le Blues de Ma Rainey – ou Ma Rainey’s Black Bottom (le derrière de Ma Rainey) pour la VO, qui emprunte son titre à une chanson espiègle de celle qu’on surnommait la « Mère du blues ». Délectons-nous aussi de la bande originale concoctée par l’émérite compositeur et saxophoniste louisianais Branford Marsalis.

Une chronique de l’Amérique

Produit par Denzel Washington et Todd Black, le film, réalisé par George C. Wolfe, nous ramène à décembre 1927, à Chicago, quand Ma Rainey (interprétée par Viola Davis), enregistre avec son combo de nouvelles chansons pour le label Paramount. Rapidement, surgissent des tensions. D’abord, entre elle et l’avide producteur blanc qui, sans scrupules, veut modifier la musique de la chanteuse, autrice, compositrice et leader afro-américaine. Puis entre le groupe de Ma et le jeune trompettiste en colère Levee, ultime rôle de Chadwick Boseman, propulsé au sommet de la gloire en 2018 par le film Black Panther et mort en 2020.

Diffusé en exclusivité sur Netflix, le Blues de Ma Rainey est davantage une chronique de l’Amérique des années 1920 qu’un biopic sur la légendaire blueswoman. L’adaptation, par Ruben Santiago-Hudson, de la pièce d’August Wilson privilégie théâtralité et dramaturgie. D’aucuns reprocheront à Chadwick Boseman de surjouer. D’autres seront saisis par l’urgence qui exsude de son jeu. L’acteur savait que le cancer le grignotait. Il allait mourir un an après.

Businessmans ou policiers, elle n’en a cure !

Il s’agit presque d’un huis clos, qui se déroule dans les murs d’un studio d’enregistrement. Viola Davis porte avec justesse et acuité une dimension essentielle que souligne le long métrage de Wolfe : l’audace de Ma Rainey, qui ne craint ni d’afficher son homosexualité ni de tenir tête aux hommes de pouvoir blancs. Que ceux-ci soient des businessmans ou des policiers, elle n’en a cure ! L’intrigue se situe à l’avènement de l’industrie musicale. « Initialement, les musiciens professionnels de blues les plus écoutés et entendus étaient des femmes », rappelle Angela Davis dans son essai Blues et féminisme noir (éditions Libertalia, 2017). Plus loin, elle analyse Prove It on Me Blues (de Ma Rainey), dont le personnage féminin « affirme son indépendance par rapport aux normes établies de la féminité en affichant effrontément son homosexualité ».

Icon Quote Un modèle pour les générations suivantes, dans son refus de soumission au système dominant. LeRoi Jones Auteur du « Peuple du blues »

Née environ vingt ans après la ratification de l’abolition de l’esclavage aux États-Unis, Gertrude Rainey (1886-1939) vit l’essor du Ku Klux Klan. À l’époque de l’enregistrement sur lequel se concentre le film, la criminelle société secrète comptait 2 à 3 millions de membres et sévissait en toute impunité. En 2000, LeRoi Jones, alias Amiri Baraka, auteur du livre le Peuple du blues (1963), nous confiait : « Ma Rainey a joué un rôle historique dans le succès populaire du blues, mais aussi en tant que modèle pour les générations suivantes, dans son refus de soumission au système dominant. Il fallait un courage extraordinaire, car, dans les années 1920-1930, le KKK était à son apogée et perpétrait en particulier le lynchage des Noirs. Si l’Histoire oublie Ma Rainey, ce n’est pas un hasard. Entretenir la mémoire concernant son apport à la musique et à la société contribue à remettre en cause le récit officiel et l’ordre établi. »

Le génie de Marsalis

Quant à l’euphorisante BO, elle comprend quatre pièces écrites et composées par la pétroleuse du blues, qui excelle dans l’ironie, l’autodérision, les messages codés… Et, hormis trois standards, Branford Marsalis a signé le reste du répertoire, ainsi que les arrangements et orchestrations. Son érudition embrasse les musiques noires comme le classique européen. S’il intègre, à l’instar du swing, des styles apparus plus tard, sa science pétrie de conscience forge la profonde cohésion de l’ensemble. Il parvient à restituer la saveur du blues. De même, on retrouve, dans le long métrage, l’esprit de Ma Rainey, grâce à une démarche dépourvue de dérapages croustillants, de misérabilisme, mais, au contraire, habitée de dignité.

Source Fara C, l'Humanité

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