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Un siècle après la scission de la gauche qui, en décembre 1920, a donné naissance au PCF, reportage dans une famille d’Armentières (Nord) où le Parti est une tradition bien ancrée.

Ne dites pas aux Pickeu que, à 100 ans, il est temps pour le Parti communiste de rejoindre le magasin aux accessoires de l'histoire! Dans la salle à manger de Danielle, décorée aux couleurs de Noël, trois générations, réunies autour de l'aïeule, témoignent, au contraire, de l'endurance du parti né à Tours il y a tout juste un siècle. A Armentières (Nord), ville de la banlieue lilloise de 20 000 habitants, ex-Cité de la toile, bâtie sur une industrie textile aujourd'hui en déshérence, la famille Pickeu est à l'image de la transformation d'un mouvement qui, pour Danielle, son fils Grégory ou son petit-fils David, n'a pas fini de marquer la marche de nos sociétés. « Le parti, c'est comme une potion magique, on est tous tombés dedans quand on était petit », sourit Bertrand, 54 ans, menuisier et l'un des cinq enfants de Danielle.

A 77 ans, Danielle, cheveux courts et œil vif, est l'incarnation d'un PCF triomphant. Celui des décennies 60 et 70. Le parti de l'industrialisation à toute vapeur des Trente Glorieuses et des luttes ouvrières de l'après-guerre. Un PCF dont la figure tutélaire à Armentières, n'était autre que Daniel, l'époux de Danielle, dont les funérailles ont été honorées il y a deux ans par l'ensemble de la ville et du parti. « C'est chez nous que la première section locale se réunissait », se rappelle la septuagénaire.

Bobineuse dans une filature, puis agent de cantine dans un lycée, la jeune femme milite à l'époque aux côtés de son mari, ouvrier textile dans la journée et livreur de charbon, le soir. « On a vu la misère à la sortie de la guerre. Alors Daniel et moi, on a voulu se mettre au service des autres », explique celle pour qui il n'y avait (et il n'y a toujours) que le parti communiste pour être utile.

«Le Chiffon rouge» sur la route des vacances

Syndicaliste, Danielle est aussi militante au sein de Femmes solidaires, la branche « féministe » du PCF. Elle élève ses cinq enfants dans la discipline et la culture communistes. Mais pas celles de Marx Lénine ou Staline… « Les premiers mots qu'on a appris, c'est Georges Marchais. Pendant longtemps, j'ai cru que c'était le président de la République », avoue, en souriant, Sylvie, 57 ans, l'une des deux filles de Danielle. « Quand on partait en vacances, on écoutait dans la voiture, Camarade de Jean Ferrat et le Chiffon rouge de Michel Fugain. On les écoute toujours », aime à raconter Stéphane, 58 ans, mécanicien-tourneur.

Mais à partir des années 1980, François Mitterrand donne le baiser de la mort à Georges Marchais et le phare soviétique n'éclaire plus le chemin. Après l'école, les enfants Pickeu font du porte à porte et distribuent des tracts pour réchauffer les enthousiasmes déclinants. Avec leurs parents, ils défendent les salariés licenciés et les familles expulsées de leur logement. « C'était dur de porter la casquette communiste, soupire Grégory, ouvrier fraiseur qui, à 47 ans, a repris le flambeau de son père, Daniel. On nous associait toujours à la dictature soviétique alors que nous, ce qui nous attirait au PCF, c'étaient les valeurs de solidarité et de fraternité. Il restait le seul parti à avoir amené les ouvriers à la vie politique. »

«Cadre et communiste»

« Lors d'un de mes premiers entretiens d'embauche on m'a refoulée car j'étais une Pickeu, donc une communiste, confirme Sylvie. On m'a clairement dit que j'étais une menace pour l'entreprise. » Un refus qui n'a pas empêché Sylvie de candidater de nouveau jusqu'à ce qu'elle soit finalement recrutée. « J'y suis restée près de vingt ans, insiste Sylvie. Je me suis battue, mais avec une seule grève et, en revanche, beaucoup de négociations pour améliorer les conditions de travail. »

Car le déclin du Parti n'empêche par les Pickeu de se mobiliser au sein de la CGT. Grégory, depuis ses premiers combats lycéens, s'est hissé, avec un Bac + 3 et un CAP de fraiseur en poche, à la direction de la section du parti d'Armentières, la plus importante de la métropole lilloise. Et il est propulsé chef d'équipe au sein de son entreprise. « Cadre et communiste, pourquoi pas ? », fait-il mine de s'étonner. « Pour moi, on doit considérer de la même façon le balayeur et le directeur », insiste le quadragénaire, qui vient d'obtenir de sa hiérarchie l'attribution d'une prime Covid pour l

Pour les Pickeu, incorrigibles optimistes, le coronavirus pourrait d'ailleurs sonner le début d'une renaissance… « Je ne croyais plus à un rebond du PCF, avoue David, chauffeur livreur de 36 ans, fils de Sylvie et petit-fils de Danielle. Mais avec le Covid, j'ai vu le chacun pour soi faire place à la solidarité. Et ce nouvel état d'esprit ne peut que favoriser politiquement les communistes. » On refuse du monde aux repas annuels de la section.

«Mélenchon, c'est une caricature»

Et puis Fabien Roussel, enfant du pays, élu à la tête du PCF depuis deux ans, fait l'unanimité. « Il est proche des gens », approuve Grégory en brandissant un selfie avec celui qui est aussi député du Nord. « Lui, au moins, il défend l'identité communiste, applaudissent en chœur les Pickeu. Il ne se laisse pas faire par La France insoumise, qui s'est bien servie de nous depuis la présidentielle de 2017 ». Et Jean-Luc Mélenchon ? « Il n'est pas sincère », tacle Danielle. « C'est une caricature, lance David. Chez les Insoumis, il n'y a pas la même humanité que chez nous. Le PCF, c'est une famille, une culture. J'élève mes deux enfants dans cet esprit, les mêmes valeurs qu'avant. »

La relève, c'est aussi Thomas, le fils de Grégory. A 20 ans, il est animateur à la mairie d'Armentières et s'interroge encore sur son engagement politique. Mais, aux dernières municipales, il a voté avec conviction pour la liste communiste, la seule de toute la métropole lilloise, celle qui a permis à Grégory d'entrer au conseil municipal d'Armentières. Pour Thomas, c'était la seule façon de garder la ville à gauche et de battre le Rassemblement national, moteur majeur de l'implication politique du jeune citoyen. Pour les prochains scrutins, les arrière-petits-enfants Pickeu s'entraînent déjà. « A chaque élection, c'est ma fille de 8 ans, qui met mon bulletin dans l'urne », annonce fièrement David.

Source Le Parisien

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