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Sentence d’un autre âge, le 8 octobre dernier, à Khenchela, contre Yacine Mebarki, accusé d’avoir « offensé les préceptes de l’islam ». Le verdict de son procès en appel est attendu ce mercredi.

C’est la plus lourde peine infligée à un militant depuis le début du hirak, le mouvement populaire qui a déferlé sur l’Algérie au début de l’année 2019. Le 8 octobre, Yacine Mebarki, 53 ans, était condamné à dix ans de prison ferme et à une amende de 10 millions de dinars (66 000 euros) par le tribunal de Khenchela pour « incitation à l’athéisme », « offense à l’islam » et « atteinte à l’unité nationale ». Jugé le 28 octobre en appel, il attend, ce mercredi, le verdict, le parquet ayant requis la confirmation de la sentence inique prononcée en première instance.

Une procédure expéditive

Ce militant engagé depuis de longues années dans les Aurès pour la reconnaissance de la langue et de la culture amazighes (berbères) avait été arrêté le 30 septembre, au terme d’une subite perquisition à son domicile, conduite sur le fondement d’une dénonciation « anonyme ». En guise de pièce à conviction, les policiers y avaient saisi un vieux Coran manuscrit qu’il tenait de son grand-père : une page déchirée de ce volume devait venir étayer la stupéfiante accusation de « profanation du livre sacré ». Dès le lendemain, il était placé sous mandat de dépôt, première étape d’une procédure expéditive, avec comparution immédiate.

Au maigre dossier d’accusation, la justice a versé des publications sur les réseaux sociaux, où le militant défend la séparation du politique et du religieux, et dénonce sans concessions des intégristes comme l’Égyptien Ishak Al Howeini, un influent téléprédicateur salafiste qui tient les étudiantes pour des pécheresses, prône l’excision, invite à de nouvelles guerres de conquête contre « les infidèles », exhorte à traiter les « kafir », les « mécréants », coupables d’athéisme ou d’apostasie, comme des « animaux » à « chevaucher, vendre, abattre et consommer ».

Icon Quote Le cas Mebarki a été jugé sur des bases idéologiques et non pas légales. Me Ramzi Chekhab

Un représentant du parquet, au procès, brandissait encore des clabaudages en fait de preuves : « Nous avons reçu des informations faisant état de pressions exercées par l’accusé sur un citoyen pour le convertir à l’athéisme. » Les cibles et les circonstances de ce prosélytisme présumé restent à ce jour obscures. « Aucun nom, aucun lieu public n’a été mentionné ; il n’y a aucune preuve établissant le délit d’incitation d’un musulman à changer de religion, puisqu’un tel délit ne peut être imputé qu’à un non-musulman. Le cas Mebarki a été jugé sur des bases idéologiques et non pas légales », insiste Me Ramzi Chekhab, l’un de ses avocats.

Liberté de conscience

Devant le juge, Yacine Mebarki, qui se définit comme un « musulman laïc », a invoqué la liberté de conscience, théoriquement garantie par la Constitution algérienne, qui en fait un principe « inviolable ». « Ce verdict a suscité un choc pour ses proches, sa famille, ses camarades, et même dans une opinion publique pourtant travaillée par le conservatisme, qui trouve cette lourde peine injuste. Yacine est un paysan épris de sa terre qu’il travaille, attaché à son identité chaouie (berbère des Aurès – NDLR). Il n’a pas volé, il n’a pas tué, il n’a fait de mal à personne. Son seul crime est de s’être e xprimé librement », s’indigne Oussama Azizi, l’un des piliers de son comité de soutien à Khenchela.

L’hypothèse d’un « abus d’autorité »

Sans éléments sérieux à charge, qu’est-ce qui a déclenché l’enquête de police contre Yacine Mebarki ? Il était surtout visé, attestent ses amis, pour son militantisme culturel, dont il s’est dit fier à la barre. Le quotidien El Watan avance aussi, dans son édition du 10 octobre, l’hypothèse d’un « abus d’autorité », d’un « détournement de la force républicaine pour des objectifs idéologiques personnels » : « Selon des témoignages concordants, le dossier à charge aurait été monté par un officier de police habitant le même quartier que Mebarki et acquis aux idées de Daech. Khenchela est une petite ville, et tout le monde connaît tout le monde. »

L’écrivain Anouar Benmalek voit dans le verdict de première instance le reflet d’une « Algérie bigote, digne de l’Inquisition médiévale et profondément injuste ».

Depuis son incarcération, des voix s’élèvent pour exiger l’acquittement et la libération du militant, qui n’a enfreint aucune loi. « Mebarki a été un courageux militant de la première heure du hirak, ce qui a certainement joué un rôle officieux déterminant dans son impitoyable procès, mais il n’en reste pas moins que, dans l’Algérie indépendante de 2020, presque soixante ans après l’indépendance, on peut condamner le plus officiellement du monde quelqu’un à dix ans d’emprisonnement pour le simple crime de penser et d’agir lib rement en matière religieuse ! » s’insurge l’écrivain Anouar Benmalek, qui voit dans le verdict de première instance le reflet d’une « Algérie bigote, digne de l’Inquisition médiévale et profondément injuste ».

Verrouillage répressif

Alors que les autorités profitent du contexte pandémique pour renforcer le verrouillage répressif, les arrestations se multiplient, les condamnations pleuvent, sur la base d’accusations fallacieuses, saugrenues. Le but : tourner la page du hirak en bâillonnant partout ses porte-voix. Et, dans l’attirail d’une justice aux ordres, l’instrumentalisation du motif religieux et la chasse aux mécréants désignés semblent gagner les faveurs de magistrats rétrogrades. Le 9 novembre, Anouar Rahmani, un écrivain de 27 ans impliqué dans le mouvement populaire, dont les livres sont censurés, interdits pour « blasphème » et « atteinte à la religion » (voir l’Humanité du 20 février 2020), était ainsi condamné par le tribunal de Cherchell à une lourde amende pour « outrage aux corps constitués ». À ce jour, plus de 80 Algériens sont détenus, pour leurs opinions, dans les geôles du régime. Le règne de l’arbitraire.

Rosa Massapui l'Humanité

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