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Après trois ans de pause, Lynda Lemay nous revient avec Il était onze fois, projet hors du commun qui consiste à sortir 11 albums de 11 chansons chacun en 1111 jours, et dont les deux premiers sont lancés ce mercredi. Nous en avons discuté avec l’autrice-compositrice-interprète qui vient de célébrer ses 30 ans de carrière.

C’est après la mort de son père, en 2017, que Lynda Lemay a senti le besoin de s’éloigner de la scène pour un temps.

« J’avais toujours eu peur d’arrêter parce que j’avais peur de manquer d’oxygène. Mais finalement, ça a été salvateur, salutaire, un cadeau immense. Ça m’a permis de soigner mes bobos pas soignés, de faire du ménage dans ma tête, ma vie, mes cassettes, ma chambre, mes vêtements. Juste faire du ménage et me rappeler qui j’étais, ce que j’aimais faire à la base. Et quand je me suis rappelé... » Elle éclate de rire. « C’est ça que ça a donné ! »

Au téléphone, Lynda Lemay est enjouée et intense. Ce projet « énorme » d’écrire, composer et arranger rien de moins que 121 chansons, qui la tient occupée depuis deux ans – « Je vis littéralement au studio Piccolo ! » – l’habite complètement.

« Pourquoi pas ? Aujourd’hui, je suis capable de pratiquer mon métier, mais qui te dit que je ne vais pas attraper la COVID-19 dans deux semaines, avoir des séquelles et ne plus pouvoir chanter comme avant ? Là, je me sens capable, ça me fait rayonner, et quand je rayonne, je fais du bien aux gens qui m’entourent. C’est assez pour me convaincre de me lancer dans un projet comme ça. »

Spontanéité

Pendant sa période d’arrêt, la chanteuse n’a jamais pensé à faire une croix sur sa carrière. Mais elle s’est souvent demandé si elle allait redevenir celle qu’elle aimait « avant », tant sur scène que dans l’écriture. « J’étais engourdie, endormie un peu. »

Puis les choses se sont « reprécisées », et elle sent aujourd’hui la même jeunesse qu’à ses débuts, dans sa façon de créer. « C’est une richesse d’avoir encore cette insouciance. Mais je ne veux pas essayer de comprendre comment la magie opère, sinon ça la tue. »

L’autrice-compositrice-interprète préfère la spontanéité. Ce qui signifie s’accompagner au piano pour la première fois. Se donner la possibilité de faire des changements dans l’ordre des chansons, ou se permettre d’en remplacer des vieilles par des nouvellement écrites, jusqu’à la fin du processus. Ne pas établir de plan trop rigide pour les neuf autres albums à venir, question de se garder « la liberté de jouer là-dedans ». Et sortir quand même les deux premiers en pleine pandémie, sans spectacles pour les soutenir.

« On devait revenir en grand, là c’est plus petit, tout en douceur et délicatesse et en tendresse. »

— Lynda Lemay

Et même si sortir un projet aussi ambitieux dans un moment si particulier peut sembler bizarre, elle a décidé d’aller de l’avant.

« S’il y a un moment où on a envie d’écouter de la musique, c’est maintenant. C’est à peu près tout ce qu’on peut faire ! On est tous coincés dans la solitude, et les chansons peuvent accompagner, transporter, bercer. Les miennes sont souvent capables de faire du bien. »

Briser des silences

Les thèmes qui sont à la base de la création d’Il était onze fois : la fin de vie et le deuil. D’autres se sont ajoutés, parmi eux « l’hommerie » – « la cruauté, l’injustice, le côté sombre de l’humain » –, les troubles anxieux, les « sourires jaunes » – « ça, c’est mon humour parfois vulgaire et déplacé » –, l’amour « qui va bien, ce que je fais rarement parce que d’habitude je préfère les choses qui déchirent », la famille et ses tourments.

Lynda Lemay a ensuite réparti les chansons sur tous les albums, question d’équilibre, mais les sujets abordés dans les deux premiers sont quand même assez lourds : inceste, viol, violence familiale, alzheimer, peine d’amour, autant de tranches de vie racontées au je, parfois du point de vue de la victime, parfois du point de vue du bourreau.

« Je ne me sens loin d’aucune réalité et je ne porte aucun jugement : le monde est un mélange de faiblesses et de forces depuis la nuit des temps », explique-t-elle. Et si elle ratisse aussi large, c’est parce que « la vie, c’est ça, ça part dans tous les sens, on en a un bel exemple en 2020 ».

Chanter est aussi sa manière d’aider à « briser des silences ». En 30 ans de rencontres et de confidences, elle en a entendu beaucoup, des histoires tristes et tragiques.

« Je sais que ça a l’air exagéré, mais il y en a bien plus qu’on pense. Tellement que tu te dis à un moment donné : mais qui n’a pas vécu d’abus ? De violence ? Beaucoup de gens n’en parlent pas facilement, et moi, je n’ai pas de pudeur quand j’ai ma plume dans la main. »

Optimiste, mais lucide

Lynda Lemay ne s’en cache pas, son père l’a « accompagnée » tout au long du projet. « Je pourrais te dire que c’est dur de faire le deuil d’un si bon papa, mais ce n’est pas le cas. Je sens sa présence, il me porte, je lui fais entièrement confiance. Qu’est-ce que tu veux qu’il m’arrive ? En plus, il y a Charles Aznavour et Johnny Holliday qui sont avec lui, et je sais qu’ils sont tous les trois sur mon cas ! »

Celle qui a accompagné son père jusqu’à son dernier souffle a cependant regardé la crise dans les CHSLD, lors de la première vague de la pandémie au printemps, avec beaucoup de peine et d’empathie.

« Vivre toute une vie pour qu’à la fin tes enfants ne puissent pas te tenir la main, c’est sûr que quand on se met à penser à ça, on a le goût de brailler notre vie. Ça brise l’entendement, ça brise le cœur. »

— Lynda Lemay

Elle a même écrit une chanson, Des milliers de plumes, pour rendre hommage à toutes ces personnes qui sont mortes seules, « parce que sans faire fi de la douleur qui a précédé ces choses, c’est sécurisant de savoir qu’ils ne souffrent plus et qu’ils nous accompagnent », dit-elle.

« J’ose espérer qu’ils sont bien là où ils sont et qu’ils sont encore là, dans l’énergie et l’amour. »

C’est un peu de cette manière que Lynda Lemay voit le monde, et c’est ce qui transparaît à travers Il était onze fois : une vision résolument optimiste, mais « d’une lucidité absolue ». « C’est pour ça que je vais creuser loin dans tout ce qui n’est pas beau. Pour accepter que ça existe et pour le surmonter. »

C’est d’ailleurs pour cela qu’au-delà du nombre d’albums vendus, de la longévité artistique et de la renommée internationale – « des fois, j’oublie que j’ai vraiment vécu tout ça ! » –, sa grande fierté reste ses chansons.

« C’est ma grande richesse, dit-elle. Mon héritage. Parfois, je ne sais pas comment ça fonctionne, mais il y a une chanson qui rencontre une personne et qui fait une différence dans sa vie. Savoir que ce que j’écris met un peu de beauté dans le monde, c’est l’fun en maudit. »

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