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Le gouvernement affirme qu’elles seront les gagnantes de son nouveau régime. Les premiers détails montrent au contraire des régressions, alors que leurs pensions sont en moyenne déjà 25 % moins élevées que celles des hommes.

Qui se souvient que les femmes avaient ouvert la séquence des mobilisations de 1995 par une grande manifestation le 25 novembre de la même année ? Peut-être Édouard Philippe qui, mercredi dernier, osait affirmer au Conseil économique, social et environnemental (Cese) que celles-ci « seront les grandes gagnantes du système universel » par points qu’il présentait. Une rhétorique féministe utilisée à dessein par le premier ministre pour contrecarrer le potentiel révolutionnaire des femmes ? Ou plus simplement, comme d’autres avant lui, pour cacher sous un joli vocabulaire des attaques à l’inverse particulièrement violentes contre celles-ci. Car, en raison de carrières hachées, des inégalités de salaires et d’emplois qui se répercutent sur les pensions, le nouveau système individualisé que veut nous imposer le gouvernement ne sera pas « plus juste pour les femmes ». Bien au contraire.

« J’ai 62 ans, j’aurais voulu partir à la retraite mais j’ai dû prolonger car je n’ai pas toutes mes annuités. » Yolande Scarponi est contrôleuse des finances à Marseille (Bouches-du-Rhône). Sa carrière, elle l’a commencée en 1978 dans l’administration, comme « auxiliaire » : une vacation au contrat renouvelé tous les mois. Au bout de quatre ans, la syndicaliste aujourd’hui élue CGT au syndicat des finances publiques a enfin été titularisée, en catégorie D. Une classification au plus bas de la grille qui n’existe plus dans la fonction publique. Depuis, elle a gravi les échelons, marche à marche, et atteint la catégorie B. « Si l’on ne recule pas encore l’âge de partir et qu’on calcule ma pension sur les six derniers mois, ça amènera du beurre dans ma retraite. Mais ce sera la cata s’il fallait remonter sur toute ma carrière. »

Car l’intention affichée par le gouvernement est de fusionner tous les régimes. Chaque salarié du privé ou agent du public sera amené dans le futur à cotiser non plus un nombre précis de trimestres, mais un maximum de points, à cumuler tout au long de la vie. Or le joli parcours professionnel de Yolande a légèrement été interrompu, comme beaucoup de femmes, par deux maternités. « Pendant un an, je n’ai pas travaillé pour élever ma première fille. Je n’ai jamais pu bénéficier de crèche pour mes enfants. Mon mari avait des horaires impossibles et je gagnais moins que lui. Donc j’ai dû m’arrêter un an, puis j’ai repris à 80 % pour m’en occuper les mercredis. » Un « choix » totalement commandé par l’absence de mode de garde adapté – le gouvernement ne prévoit pas par ailleurs de développer le service public de la petite enfance – et par le sacrifice de carrière de la femme par rapport à l’homme.

Un système qui accroît grandement les injustices

Si la carrière interrompue des mères affecte leur promotion et leur salaire, et donc le niveau de leur pension, elle a aussi des conséquences sur le prolongement de leur parcours professionnel. Le système actuel majorait la durée d’assurance-vieillesse de la femme à chaque naissance d’un enfant (voir notre entretien page 6). Mais le gouvernement propose de supprimer cela. En échange, un taux de majoration de la pension pourra être attribué indifféremment à l’homme ou à la femme. Contrairement au discours présenté, cela pourra grandement accroître les inégalités. Car, si le père gagne plus, le couple risque de décider, par pur calcul mathématique, de réserver cette majoration à l’homme. En 2019, les Françaises perçoivent déjà une pension un quart inférieure à celle des hommes. Et demain…

« Je travaillais à temps partiel comme professeur d’italien dans des cours privés, raconte Blandine, 79 ans. À mon deuxième enfant, j’ai arrêté de travailler. Puis le troisième est arrivé. Plus tard, j’ai repris des études à la chambre de commerce italienne. Mais le seul travail que j’ai trouvé, par une amie, a été la vente d’abonnements par téléphone. Pendant dix ans, j’ai été rémunérée uniquement à la commission. Mon mari a été muté dans le sud de la France. J’ai dû tout arrêter. » À sa retraite, elle reçoit 280 euros. Aujourd’hui, cette veuve vit avec 1 300 euros grâce à la pension de réversion de son époux, qu’elle a soigné « gratuitement » pendant dix ans avant qu’il ne meure d’un cancer. Et si elle avait divorcé ? Si son mari s’était remarié ? À la mort de son ex-conjoint, une part de la pension de réversion lui aurait été versée. Demain, « grâce » à la réforme, elle n’aurait droit à rien.

Le droit à la séparation, le droit à l’autonomie ne seraient réservés qu’aux femmes en âge de travailler ou personnellement riches ? Non, il n’est pas « plus juste pour les femmes », le nouveau système. En juin dernier, préparant le projet actuel, le gouvernement planchait sur la suppression de cette ressource. Une levée de boucliers l’a empêché d’aller plus loin. 4,4 millions de cheveux blancs dépendent de cette pension de réversion, 90 % sont des femmes. Parmi elles, 96 % ne perçoivent aucune pension propre.

Des nouvelles mesures qui tuent le régime de solidarité

À 56 ans, Muriel a multiplié les emplois et les contrats précaires : monteuse sous le régime intermittent, en CDD dans une société informatique, puis salariée dans une union locale syndicale. « En tant que monteuse de documentaires militants, j’ai réalisé beaucoup de travail gratuit. On se voyait comme des artistes ! Je ne réalisais pas que je ne cotisais pas… » Après un bilan de compétences, elle change de voie, travaille dans l’informatique, obtient un master 2 en développement territorial. « Passé 50 ans, c’est devenu très difficile de trouver un travail. À la rigueur comme auxiliaire de vie, ou du ménage en intérim. Mais du travail structuré qui paie, tout en étant épanouissant, tu ne le trouves plus. Et, avec la nouvelle réforme du chômage, tu réfléchis avant d’accepter quelques jours de boulot, car ça peut baisser durement tes indemnités. Mais, avec la retraite par points, chaque emploi compte pour ta pension. On va finir par se marcher sur la tête. »

En comptabilisant ses 25 meilleures années, elle aurait pu toucher une mini-pension complétée par le minimum vieillesse. Mais là, si toute la carrière est prise en compte… il ne lui restera plus grand-chose. Pourtant, Muriel a apporté beaucoup à la société, elle a défendu des causes, milité bénévolement pour le droit des travailleurs sans papiers, des chômeurs, des salariés. Mais, dans l’esprit mesquin et comptable de cette réforme, fini le régime de solidarité qui permettait de corriger ou de compenser les inégalités de carrière.

Et que dire des caissières de supermarché, aides-soignantes, professionnelles des métiers pénibles qui n’arriveront pas à atteindre l’âge pivot pour partir et subiront une décote ? Malades, inactives, au chômage ou en invalidité, la moitié seulement des personnes du privé sont encore en emploi au moment de liquider leur retraite. « J’ai déjà dû prolonger après 60 ans, se souvient Yolande Scarponi. Ça a été dévastateur pour mon moral. » La fonctionnaire se demande comment ses cadettes vont pouvoir tenir : « À 55 ans, on nous dit que nous sommes trop vieilles pour faire l’accueil et maintenant on va nous demander de travailler jusqu’à 70 ans ! Dans l’administration fiscale, nous sommes en constante restructuration, les entrepreneurs contrôlés, pris à la gorge, sont agressifs. Des collègues ont déclenché du jour au lendemain des crises cardiaques, des burn-out… Nous, les femmes, sommes deux fois plus touchées car, en plus, à la maison, nous portons la majorité des charges, physiques, mentales. Même si je suis féministe et que je me bats tous les jours contre ça… »

Pour reprendre les paroles du célèbre Hymne des femmes, si elles sont « sans passé, les femmes », cette réforme leur prépare un chemin sans avenir et sans retraite. « Grandes gagnantes », vraiment, les femmes ?

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