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Le président turc poursuit sa stratégie qui s’apparente à une volonté de renaissance d’un Empire ottoman du XXIe siècle. Son but : faire de la Turquie la grande puissance régionale, incontournable pour toute solution.

Lorsque, le 20 janvier 2018, la Turquie a lancé son offensive sur la ville d’Afrin, il était évident qu’elle n’en resterait pas là. D’ailleurs, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, n’a jamais caché ses véritables intentions : éradiquer totalement la résistance dirigée par les Kurdes, d’abord regroupés au sein des Forces de protection (YPG), puis dans les Forces démocratiques syriennes (FDS) dans lesquelles on trouve également des milices arabes. Déjà, à cette époque, Ankara n’avait pas eu à s’inquiéter. Membre de l’Otan où elle est une des forces militaires dominantes, elle n’a subi aucune rétorsion de la part des pays occidentaux. Plus paradoxalement, cette offensive de janvier 2018 a également été permise par l’attitude de la Russie qui, bien que contrôlant l’espace aérien de cette zone, n’a pas empêché l’aviation turque de bombarder la ville d’Afrin et les villages environnants. La stratégie d’Erdogan se dessinait ainsi petit à petit. Elle éclate au grand jour avec l’attaque massive lancée depuis lundi.

La masse des réfugiés syriens en Turquie a été instrumentalisée

L’un des buts majeurs officiellement annoncés est d’éviter que le Nord-Est syrien, le Rojava pour les Kurdes, ne devienne une base arrière permanente du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), contre lequel la Turquie mène une guerre sans merci. Ce qui cache en réalité un refus de toute solution à la question kurde. Le PKK est accusé de terrorisme, mais les dirigeants kurdes élus sont pour la plupart en prison. Selahattin Demirtas, du Parti démocratique des peuples (HDP), est passible de plusieurs dizaines d’années de prison. Sans parler de la répression féroce qui s’est abattue sur les populations du Kurdistan turc soumises à des blocus inhumains.

La rhétorique d’Erdogan est simple : les Kurdes qui défendent leurs droits et portent des revendications culturelles et progressistes, notamment celle d’une autonomie démocratique où toutes les populations – turque, kurde, arménienne – vivraient ensemble et codirigeraient l’administration, sont des bandits. Cerise sur le gâteau, cette égalité concernerait également les femmes. Un projet que combat le mal nommé Parti de la justice et du développement (AKP), qui dirige le pays mais a perdu les villes d’Ankara et d’Istanbul à l’issue des récentes élections municipales en Turquie. Quoi de mieux qu’un nationalisme mâtiné de religion pour tenter de regagner du terrain ?

Installées à Afrin et poussant vers l’est, les troupes turques ont ainsi obéré l’unification des trois cantons kurdes du Nord syrien – Afrin, Kobané et Qamichli – sous l’égide du Parti de l’union démocratique (PYD). C’était une première étape. La ville de Manbij posait un autre problème puisque, outre les combattants des FDS, se trouvaient également des militaires états-uniens, français et britanniques qu’il fallait préserver sous peine de faire capoter toute l’opération. De discussions en tractations, un compromis bancal était trouvé avec la mise sur pied de patrouilles mixtes incluant FDS et soldats étrangers. Les dirigeants kurdes, soucieux de ne donner aucun prétexte aux Turcs, acceptaient bon gré mal gré cet « accord ». Mais, comme le renard qui s’immobilise soudainement dans le poulailler, Erdogan attendait son heure, évoquant la création d’une zone tampon – idée acceptée et défendue par les États-Unis – le long de la frontière mais… côté syrien. Profitant de l’avantage que lui procure sa place au sein de l’Otan, le président turc poussait alors ses pions. Et pour bien montrer sa détermination, il annonçait l’achat prochain des redoutables missiles antiaériens russes, les S-400. Ce qui, depuis, a été fait, sans représailles aucune de la part de ses alliés !

Au milieu de la querelle entre l’Arabie saoudite et l’Iran, la Turquie d’Erdogan ambitionne d’être la puissance régionale sans laquelle rien ne peut se faire ou se défaire. D’où cette volonté de sortir du rang et d’agir de telle manière qu’elle se trouve incontournable, particulièrement dans le marécage syrien où les affrontements ne concernent plus, et depuis bien longtemps maintenant, les Syriens eux-mêmes, sauf pour mourir. Ankara l’avait bien compris, qui avait facilité le passage des djihadistes de tout poil sur son sol pour aller combattre et le pouvoir de Damas et les Kurdes. La victoire de ces derniers à Kobané au début de l’année 2015 n’était pas qu’héroïque. Elle avait montré que l’organisation dite de l’« État islamique » (EI) pouvait être vaincue. À bien des égards la victoire de Kobané a été non seulement le début de la fin pour Daech (acronyme arabe de l’EI), mais a forcé Erdogan à abandonner une tactique qui ne lui rapportait plus de gain géopolitique.

En revanche, la masse des réfugiés syriens en Turquie a été instrumentalisée pour obtenir toutes les concessions possibles de l’Union européenne, empêtrée dans une stratégie perdante en Syrie. Aujourd’hui encore, l’opération déclenchée mercredi viserait à réinstaller les 3,6 millions de réfugiés syriens actuellement sur le sol turc. Donald Trump vient ainsi, en pleine offensive, de louer l’attitude de la Turquie, sans laquelle, selon lui, des millions de personnes seraient éparpillées dans le monde. « Il veut les rapatrier », a affirmé le président américain, le 9 octobre. C’est faire d’une pierre deux coups puisque la Turquie entend ainsi rendre minoritaires les Kurdes au Rojava.

Des zones de désescalade ont été mises en place

Parallèlement, fort de son soutien aux groupes armés islamistes et djihadistes, Ankara est devenu l’interlocuteur privilégié des deux puissances soutenant Damas : la Russie et l’Iran. Le processus d’Astana, qui regroupe les trois pays, a été lancé sans l’aval des États-Unis, des Européens et des pays du Golfe. Des zones de désescalade ont été mises en place. Et on remarquera que le canton d’Afrin jouxte la région d’Idleb, dernière place forte des djihadistes en Syrie qui permet aux Turcs de jouer les juges de paix à égalité avec la Russie.

Pour que sa stratégie réussisse, Recep Tayyip Erdogan sait qu’il doit maintenir un savant équilibre dans ses relations tant avec Moscou qu’avec Washington, s’appuyant sur leurs antagonismes et leurs contradictions, aboutissant au final à ce que, au-delà des paroles, aucun pays ne mette un holà aux opérations militaires turques. Au contraire, tous tentent de saisir l’occasion pour avancer sur leur propre chemin. « Nous allons désormais défendre la nécessité d’établir un dialogue entre la Turquie et la Syrie », a ainsi précisé le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, depuis le Turkménistan.

Enfin, l’offensive turque a et aura des conséquences certaines sur le sort des prisonniers ex-combattants de Daech qu’aucun pays ou presque ne veut récupérer. Les FDS, pris sur le front, ne pourront plus les surveiller. Deux prisonniers de nationalité britannique ont été placés sous contrôle de l’armée américaine. Mais les autres ? Les rumeurs commencent déjà à circuler sur des évasions, les femmes de Daech se révoltent et on parle de bombardements des prisons (accréditant l’idée qu’Ankara règle le problème à sa manière au grand soulagement de certains États). La Turquie pourrait utiliser ce levier dans le cadre de négociations qui s’instaureront inévitablement, mais après de terribles destructions et des massacres de civils : l’aviation turque se déchaîne et, au sol, les supplétifs islamistes, anciens de l’Armée syrienne libre pour beaucoup, ne sont pas en reste.

Dans ce Moyen-Orient plus que jamais déchiré, Erdogan, celui qu’on surnomme le nouveau sultan, veut revenir à son vieux rêve d’un Empire ottoman du XXIe siècle où les minorités ne sont que des dhimmi, des populations tolérées mais sans droits, soumises aux lois du pouvoir central. Il y a un siècle, les Arméniens gênant ce projet avaient été éliminés. Sera-ce le tour des Kurdes ?

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