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Un an après sa mort, paraît un album inédit qu’il avait enregistré à la maison, avec la complicité de Toma Feterman.

Bon sang… c’est fou ce qu’il peut nous manquer. Musicien-poète, poète-musicien, on l’aimait comme un frangin, un compagnon de combats partagés contre la bêtise, l’ignorance, la peur, le racisme. Rachid Taha était un immense artiste. Il incarnait la liberté, l’audace, l’irrévérence. De Paris à Londres, d’Oran à New York, cet infatigable troubadour a ouvert grand toutes les portes, faisant voler en éclats les frontières musicales, mixant raï, punk, électro, rock, chaâbi…

Mais Rachid Taha ne pouvait pas partir sans laisser une dernière trace de son passage parmi ses frères humains. Mort trop tôt, trop vite, il avait commencé et fini l’enregistrement de ce qui devait être son nouvel album et qui sera son dernier. Je suis africain, album posthume (label Believe/Naïve), un tour du monde et de la vie en dix chansons, un hymne à la joie, à l’amour, à l’amitié. On est saisi par la liberté de ton, musicale et poétique, par les audaces et les combinaisons qui allient fantaisie et rigueur, l’irruption tendre des cordes (kora, mandole), le son mélodieux du balafon jouant à cache-cache avec des trompettes mexicaines dans un déluge de riffs de guitare. Ça swingue à tout bout de champ, en arabe, an anglais, en français. Avec son « sarouel à tribord (…) sans les déguisements du show-biz », Taha s’effeuille dans un numéro de Striptease hilarant, amusé, amusant, dédié à sa Denise, sa « Minouche » qui « prend la mouche » et rime avec bouche quand Marlène Dietrich, elle, rime avec Ich liebe dich. N’allez pas croire qu’il a la rime facile, non. Potache parfois, ironique, surtout. Andy Warhol, l’autoproclamé pape de la Factory, est rebaptisé Andy Waloo. Sont convoqués pèle-mêle Lou Reed, Johnny Cash, le poète libanais Khalil Gibran, Eddie Cochran ou l’immense poète iranien Aboû Nouwâs, alors oui, Andy Waloo ! Osez les poètes monde, ceux dont les vers continuaient d’inspirer Rachid Taha, ceux que la culture made en boîte Campbell’s ignore, arrogante.

Une claque joyeuse à toutes les mauvaises odeurs

Comme Rachid Taha, nous sommes tous africains, nous sommes tous issus de cette Afrique qui s’étend de « New York à Bamako (…) du Fudji au Kilimandjaro » et dont les enfants s’appellent Mandela, Angela Davis, Jacques Derrida, Hampâté Bâ, Kateb Yacine ou Jimi Hendrix. D’autres n’ont pas de noms, migrants qui fuient, partis « voyager et voir le monde (…) pour trouver du bonheur, pour trouver la liberté » (Aïta). Certains sont morts au cours de leur traversée, d’autres sont arrivés et nous refusons de les accueillir… Je suis africain, c’est un pied de nez joyeux, coloré, bigarré, une grande claque dans un grand éclat de rire à toutes les mauvaises odeurs colportées, répandues par l’extrême droite, la droite extrême et bien d’autres, hélas. Face à la montée de la xénophobie, du racisme, Rachid Taha avait déjà dégainé son Douce France, un remix de Charles Trenet (plus terroir et patrimoine, y a pas), un remix ironique dans une France qui, en 1986, envoyait 35 députés FN à l’Assemblée nationale. Rachid Taha, enfant de l’immigration, avec son groupe Carte de séjour reprenant en chœur  Douce France, ça en a fait rager plus d’un dans les chaumières… Encore plus quand le pays, dix ans plus tard, se met à danser sur Ya Rayah, de Dahmane El Harrachi, une chanson sur l’immigration.

Mais revenons à Je suis africain. Dans chacune de ses chansons, Taha est parvenu, avec la complicité de Toma Feterman, à créer une atmosphère, à sculpter des décors, un côté western à la Sergio Leone dans Insomnia, univers de rêve balayé par le vent chaud du Sahara où roulent des tumbleweed, ces buissons qui errent comme des âmes en peine. Partout, à chaque détour de phrase, de note, on écoute, enchanté, cette explosion de couleurs sonores, on entend le frou-frou des robes de danseuses imaginaires qui s’invitent dans la transe. Et puis, il y a la voix rocailleuse, douce et sensuelle de Rachid Taha. On se rappelle sa silhouette, ses tenues parfois extravagantes, ses lunettes noires, ses couvre-chefs qu’il portait comme un prince. Car c’était un prince, un prince d’Oran et de banlieue, un gars qui a eu la délicatesse, avant de rejoindre l’éternité, de nous laisser en cadeau ce sublime album. Chokrane, Rachid.

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