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Avec Raï Is Not Dead, CD aux superbes arrangements, la fanfare francilienne redonne au raï une inventivité mutine. Rencontre avec deux de ses magiciens.

En 1986, à la MC93 de Bobigny, le raï connut sa première grande scène en France. Après un vrai succès populaire, il dut faire face à des hauts et des bas. Par bonheur, Fanfaraï Big Band, fondé par Samir Inal en 2005, reprit le flambeau, avec fulgurance. Par son ébouriffante inventivité, la fanfare donne raison au titre de son troisième album, Raï Is Not Dead. Ses compositions originales autant que ses reprises de classiques démontrent, de façon éclatante, que l’irrévérencieux blues oranais est bel et bien vivant. C’est sous le ciel de France, où Fanfaraï Big Band est basé, que l’orchestre cultive un raï qui, tout en préservant sa quintessence, ouvre son cœur battant à de superbes arrangements contemporains. Résonances arabo-andalouses, cavalcade rythmique gnaoui, escapade funky, résurgence jazz… Et, en conclusion du CD (Manity), un reggae-raï ondoyant se fait porte-drapeau d’un magnifique hymne à l’humanité. Rencontre avec deux des musiciens magiciens.

Le légendaire chanteur algérien Boutaïba Sghir, Mohamed Affif de son vrai nom, vous a mis à disposition son répertoire. Un sacré cadeau…

Samir Inal Tout à fait. De ce chanteur et auteur-compositeur iconique des années 1960, nous revisitons quatre chansons d’amour, notamment Diri Yadik (Mets ta main), sur laquelle est invité le chanteur Sofiane Saidi. Nous avons enregistré en outre Fet Elli Fet (Ce qui est passé est passé), d’une autre figure algérienne, Ahmed Wahby (1921-1993), né d’une mère italo-française et d’un père oranais. Lui qui avait soutenu la révolution algérienne est mort dans l’oubli, hélas. On peut le voir sur YouTube dans sa chaise roulante. En reprenant un de ses morceaux, nous avons voulu honorer sa mémoire.

Abdelkader, vous évoquez votre neveu assassiné dans Hamouda…

Abdelkader TalOui Il se prénommait Hamouda. Il est décédé à Oran, à la suite d’une rixe dans la rue. En Algérie, la violence s’est banalisée, à cause de la misère sociale. On ne peut pas comprendre cela si on n’a pas conscience que cette violence a des racines remontant jusqu’à 1830, quand les troupes françaises ont occupé l’Algérie. La colonisation a engendré répression, misère, mort. Cette violence, hissée à son paroxysme lors de la guerre du pouvoir français contre l’indépendance algérienne, demeure enfouie dans l’inconscient collectif, et ressurgit selon le contexte politique et social.

Selon vous, pourquoi le raï a-t-il perdu tant de terrain en France ?

Abdelkader Tal Il y a plusieurs facteurs, notamment les frasques de vedettes comme Cheb Mami et Khaled, sans oublier Faudel, qui a appelé à voter pour Nicolas Sarkozy. Mais la raison la plus profonde me semble la montée de l’extrême droite et, au même moment, la succession d’attentats terroristes. On a vu grimper en flèche la stigmatisation des musulmans ou de personnes supposées être musulmanes.

Samir Inal Nous avons vécu ce racisme à nos dépens. Un organisateur nous a confié que des mairies et d’autres structures, auxquelles il avait proposé de programmer Fanfaraï, ont répondu : « Chez nous, un groupe d’Arabes, ça ne passera pas. »

Cette expression traduit, à elle seule, divers amalgames : amalgame Algérien-Arabe, amalgame Algérien-musulman, amalgame Arabe-terroriste, etc. Nous cultivons l’espoir de toucher, à travers notre musique, les cœurs et les consciences.

Que ressentez-vous au sujet du grand mouvement de protestation en Algérie ?

Abdelkader Tal Je vis les événements au quotidien avec beaucoup d’émotion. Nous sommes fiers du peuple algérien, de sa perspicacité, de son courage. Il ne se laisse pas embobiner par les boniments ni par les manœuvres venant de politiciens et de l’armée.

Samir Inal Rien n’est encore gagné, l’avenir demeure incertain. Il y a de plus en plus de risques qu’on se retrouve dans une impasse. Il est clair que l’armée a pris les commandes. Mais le peuple algérien, qui fait preuve d’une formidable maturité, n’est pas près de lâcher.

Abdelkader Tal Chaque fois que l’Algérie est malade, nous souffrons avec elle. Depuis que les Algériennes et les Algériens se sont levés, le vent de l’espoir souffle dans notre âme.

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