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Une sélection d’exceptionnelle qualité ouvre à la diversité des choix et déjoue les pronostics. Du Coréen Bong Joon-ho, palme d’or 2019, au Français Ladj Ly, en passant par Patricio Guzmán ou Ken Loach, l’heure est au cinéma politique.

Cannes (Alpes-Maritime), envoyée spéciale.

Dès l’annonce des films sélectionnés en compétition officielle, on se disait que le festival plaçait haut la barre. Jim Jarmusch, Pedro Almodovar, Ken Loach, les frères Dardenne, Abdellatif Kechiche, Marco Bellocchio, entre autres cinéastes de renom, enluminaient l’affiche. De nombreux autres suscitaient la curiosité de l’inattendu, du renouvellement des approches et des formes. Le marathon, intense contenait forcément son lot de déceptions, mais il était cette année réduit à pas grand-chose. Grincheux, le fâcheux qui à chaque nouvelle édition déplore avoir atteint le pire, ne s’est pas montré, enseveli peut-être sous les palmes que chacun distribuait à son éblouissement du jour. Celle remise à l’unanimité du jury, présidé par le cinéaste mexicain Alejandro Gonzáles Iñarritu à Bong Joon-ho pour son film Parasite comble de très nombreuses attentes, dont la nôtre.

Un film à l’humour féroce

C’est la première fois que le cinéma coréen est célébré de la sorte par le truchement d’un film à l’humour féroce qui traverse avec brio tous les genres, de la comédie sociale au gore, afin de miner les inégalités de classes du pays. Et d’ailleurs. Si l’exercice consistant à dégager des thématiques récurrentes au sein d’une sélection frôle trop souvent l’artifice, ce n’est plus le cas. Les délitements de la société chinoise se révélaient dans le très sombre miroir que lui tend le film de gangsters de Diao Yinan, le Lac aux oies sauvages. Nous lui aurions volontiers trouvé une place au palmarès, dont nous savons qu’il n’est pas extensible. Jusqu’à Ken Loach, dont le propos politique et social axe la filmographie, et qui donne, avec Sorry, We Missed You, un film d’une frontalité accablante sur les conséquences intimes de la précarité. L’un de ses meilleurs. Si l’Apocalypse n’est pas pour demain, elle s’annonce souvent pour un avenir qui ressemble à aujourd’hui et ne date pas d’hier.

Les Misérables, de Ladj Ly, est heureusement récompensé d’un prix du jury, qu’il s’est vu remettre par Michael Moore. L’occasion pour le jeune homme, qui réalise son premier long métrage, de dénoncer la misère, « l’ennemi commun » de tous ceux qui dans son film frappant d’intelligence cinématographique s’affrontent sur le territoire de Montfermeil. Prix du jury également pour les cinéastes brésiliens Kléber Mendonça Filho et Juliano Dornelles. Le titre de leur film, Bacurau, désigne un village aride du sud du Brésil méprisé des dominants. Il disparaît des cartes, tandis qu’un groupe de touristes nord-américains lourdement armés s’éclate à chasser l’habitant. Habitants qui résistent en puisant au plus profond de leur culture, ce patrimoine immatériel en grand péril. Pendant que se tenait le Festival, le président Jair Bolsonaro ordonnait des coupes drastiques dans les budgets de l’enseignement supérieur. Il faut bien parfois recourir à toutes les ressources de la fiction pour dire ce réel qui la rattrape.

Ruptures et fractures

Projeté en séance spéciale, la Cordillère des songes, de Patricio Guzmán, a reçu l’œil d’or du documentaire. L’auteur des trois volets de la Bataille du Chili, chassé par la dictature de Pinochet que son cinéma ne cesse de sonder, clôt cette fois la trilogie qu’il consacre à l’histoire et à la géographie de son pays. Entamée avec Nostalgie de la lumière, poursuivie par le Bouton de nacre, l’épopée déploie les métamorphoses de la roche en plans à la beauté sublime. Guzmán convoque des mots d’artistes pour décrire la colonne vertébrale du pays, métaphore aussi des ruptures et fractures que selon lui le capitalisme achève.

Quel que soit l’état du monde, la vitalité de la création cinématographique nous a émus, réjouis, portés et emportés d’une section du Festival à l’autre, course un peu hallucinée de la Compétition à Un certain regard, de la Quinzaine à la sélection de l’Acid élaborée par des cinéastes. Si c’était un plan unique, il saisirait un gobelet de café très serré. Un regret, considérable, l’absence au palmarès du chef-d’œuvre de Marco Bellocchio, le Traître. Revanche à l’automne avec sa sortie en salles. Un enthousiasme délirant, le film que nous n’avons pas encore vu.

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