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Pour reconquérir son électorat lors des européennes, le Parti communiste mise sur ses candidats issus de la société civile : des figures engagées et populaires, comme l’écrivaine Maryam Madjidi et l’ouvrière Marie-Hélène Bourlard.

Le moment est crucial pour les rouges : (re)faire vivre le blason du Parti communiste français (PCF). Pour y parvenir, les têtes pensantes de la place du Colonel-Fabien ont opté pour une stratégie simple et dangereuse à la fois : présenter une liste à eux, refusant de se ranger derrière les socialistes, Benoît Hamon ou La France insoumise. Persuadés que la vie passe par l’affirmation de leur identité. Qu’importe si les sondages leur promettent au mieux un score de 3 %, alors qu’il faut atteindre les 5 % pour envoyer des élus au Parlement européen le 26 mai. Comme toutes les listes du fond de la classe, les communistes promettent une surprise foudroyante - on a hâte de voir.

En attendant, ils labourent le terrain. Ian Brossat, la tête de liste, est partout. Des meetings, des réunions publiques et des petites vidéos sur les réseaux sociaux. Le PCF vise les classes populaires, cet électorat d’antan tombé dans les bras de la concurrence, notamment de l’extrême droite. Afin de reconquérir les cœurs, les communistes misent sur des visages de la société civile, à l’image de l’ouvrière Marie-Hélène Bourlard et l’écrivaine Maryam Madjidi. Toutes deux gravitent autour du parti depuis des années. Aujourd’hui, elles sont sur la liste pour les européennes en deuxième et huitième positions. Selon la direction du PCF, elles représentent les visages et les histoires que les communistes défendent. On a tenté d’en savoir un peu plus.

Marie-Hélène Bourlard : «J’étais une révoltée»

Une as de la provocation. L’après-midi du rendez-vous, Marie-Hélène Bourlard se présente à Libé avec un gilet jaune sur le dos, deux copains et des drapeaux de la CGT. Entourée de vigiles, elle sourit. Très vite, la candidate PCF aux européennes, 61 ans, retire son gilet et se pose à table. Des blagues et une eau pétillante. Elle ne semble pas impressionnée par le job et s’imagine déjà à Strasbourg. La retraitée s’était fait remarquer dans Merci patron !, le film de François Ruffin. Un personnage. Un symbole aussi, la première ouvrière possiblement élue au Parlement européen. Marie-Hélène Bourlard n’est pas le genre à disserter des heures autour du programme. La forme avant le fond : manifestations et bastons syndicales contre les patrons. Un dirigeant communiste : «Marie-Hélène est sur la liste car elle représente les petites gens, elle comprend les souffrances, les difficultés. Son parcours de vie est plus crédible que tous les mots, toutes les promesses.»

Au fil de la discussion, la candidate baisse les armes. Elle retrace son parcours à voix basse. Dans le Nord, près de Valenciennes, son premier job à l’usine à 16 ans, le mariage à 20 ans. Une vie d’adulte à vitesse rapide. Ses parents, ouvriers, n’étaient pas engagés politiquement. A l’usine Bidermann, à Poix-du-Nord, la presseuse turbine à la chaîne dans le textile. Son caractère prend de la place : elle s’engage au PCF et à la CGT. «A l’époque, à la sortie de l’usine, il y avait les communistes. Ils étaient toujours là pour nous, les ouvriers. C’était logique pour moi de m’engager avec eux. Après, petit à petit, les communistes n’étaient plus devant les usines et le Front national a surfé sur la misère des gens», regrette la militante. Marie-Hélène Bourlard devient très vite une meneuse, un visage de l’usine. Elle mord sans relâche les mollets des patrons qui défilent : «J’étais une révoltée.»

Un mot revient souvent dans sa bouche : «fierté». Elle se souvient de ses collègues, des femmes mères célibataires, qui ne se «dégonflaient» jamais, toujours prêtes à faire grève malgré les fins de mois difficiles, voire les débuts pour les plus précaires. «Lorsque les ouvriers sont derrière vous pour faire grève, qu’ils comptent sur vous, ce n’est jamais facile de perdre un combat, mais je n’ai jamais triché», lâche Bourlard. En 2009, l’usine se délocalise à l’étranger et le patron met «presque tout le monde» à la porte. Un mauvais coup. La syndicaliste aurait pu conserver son poste : 60 emplois étaient préservés. Elle décline : «Je n’aurais pas supporté la situation, de continuer à travailler contrairement aux camarades, donc j’ai demandé mon licenciement.»

Cet été, lorsque Ian Brossat lui a proposé de participer à l’aventure, elle a dit oui sans ciller. Marie-Hélène Bourlard ne s’attendait pas à être en position éligible, et encore moins à la deuxième place de la liste. Ses deux fils de 34 et 41 ans, qu’elle dépeint en «anarchistes révolutionnaires», sans oublier son mari, lui aussi ouvrier communiste à la retraite, sont «fiers» d’elle, tous les trois à fond les ballons dans la campagne. Des tracts, des affiches, du bouche-à-oreille. «La politique prend beaucoup de place dans la famille», dit-elle simplement. La vie n’a pas toujours été simple pour les Bourlard. Dures fins de mois et vacances rares : «La première fois, c’était au début des années 90, en Ardèche. On avait emmené avec nous un enfant du Secours populaire. C’était super. A l’usine, beaucoup étaient dans notre cas, d’autres se mettaient dans le rouge tous les ans pour emmener leur famille au soleil.» Son époux et elle viennent de terminer de payer leur maison après un long crédit. Aujourd’hui, le couple gagne 2 800 euros par mois en additionnant les deux retraites : «On a travaillé toute notre vie, compté le moindre sous toute notre vie, hein. On compte encore un peu mais on est très heureux.»

Politiquement, la candidate ne mâche ses mots. Elle tresse les louanges de Georges Marchais («un bon»), François Ruffin, avec qui elle échange «souvent» depuis le tournage de Merci patron ! («quelqu’un de vrai») et prend ses distances avec Jean-Luc Mélenchon : «Je regrette sa décision lors des législatives, il a refusé de faire alliance avec nous, les communistes, alors qu’on a fait campagne pour lui. Et j’ai pas aimé les images de la perquisition, ni son attitude ni ses mots, ce n’est pas lui la République, comme il le prétend.» Marie-Hélène Bourlard n’oublie pas que Mélenchon est un ancien du PS. Et elle ne porte pas le poing et la rose dans son cœur : «On ne peut jamais faire confiance aux socialistes. Je n’ai jamais voté pour eux, ils ont toujours promis des choses mais à la fin ils trahissent, comme Hollande pendant son quinquennat.»

La candidate sait que son élection n’est pas acquise, qu’il faudra cravacher pour atteindre la barre des 5 %, mais elle s’écrit déjà sa petite histoire, celle de l’ouvrière qui combat les lobbys. «Je n’ai peur de rien», prévient-elle. Et la syndicaliste qui s’est battue durant toute sa carrière pour l’augmentation des salaires pose une question : «Est-ce que c’est normal que les députés européens gagnent trois à quatre fois plus que les ouvriers ?»

MARYAL MADJIDI

Comme un air de cache-cache. Après plusieurs discussions pour trouver une date et des rendez-vous ratés - c’était de notre faute -, on échange finalement par téléphone avec Maryam Madjidi. Prix Goncourt du premier roman pour Marx et la poupée, l’écrivaine de 38 ans marche à la tombée de la nuit sur Paris et raconte sa nouvelle vie de candidate aux européennes. «Je suis curieuse de tout, tout ce qui est humain m’intéresse. J’ai très envie de découvrir un nouveau monde, de défendre les opprimés», dit-elle. Il y a quelques mois, elle ne connaissait pas «personnellement» Ian Brossat. Il lui a fait bonne impression au premier échange. Depuis, elle prend du plaisir en campagne, avec son étiquette «société civile» sur le front. Un produit qui a la cote sur toutes les listes. En huitième position sur la liste, l’écrivaine a peu de chances de se faire élire. Qu’importe, cela fait toujours bien chez les politiques d’afficher des nouvelles têtes.

Maryam Madjidi ne compte pas ses mots. A l’aise, elle revient un instant sur son pays natal, l’Iran. Ses premiers pas, l’exil en famille vers la France pour fuir le régime. L’écrivaine grandit à Drancy, en Seine-Saint-Denis. Le père change de boulot au fil des saisons. Ses mains abîmées par la dureté des chantiers en témoignent, raconte sa fille. La mère, aide-soignante, est toujours en activité. A une époque, la famille a imaginé un retour en Iran. Aujourd’hui, ce n’est plus d’actualité : «Je sais que mes parents finiront leurs jours en France.»

Enfant, la future Prix Goncourt rêvait d’être médecin sans frontières pour «sauver» des enfants. Adulte, elle enseigne dans une association qui accompagne les mineurs en provenance de partout, souvent de territoires en guerre. «Ce ne sont pas des victimes mais des élèves, des survivants, des guerriers», souligne l’ancienne enfant de l’exil. Maryam Madjidi déteste le mot «migrants» : «C’est horrible ! Ce ne sont pas une espèce animale, ce ne sont pas des oiseaux migrateurs. On les rassemble sous une étiquette qui ne veut rien dire.» Elle préfère les mots «exilés» ou «réfugiés». Le sujet, qui clive «les citoyens et les partis politiques», lui tient particulièrement à cœur. Elle fait souvent le lien avec sa propre histoire. D’ailleurs, c’est pour cette raison qu’elle a accepté l’aventure communiste, parce que le parti propose, selon elle, une politique d’accueil sans «ambiguïté».

Pour autant, la candidate aux européennes n’est pas toujours tendre lorsqu’elle retrace les dernières années du PCF. Maryam Madjidi a un rapport «fort» avec les rouges, ses parents sont communistes depuis toujours. Aujourd’hui - «je ne sais pas si je devrais dire ça à un journaliste», glisse-t-elle -, l’écrivaine décrit le parti de la place du Colonel-Fabien comme une machine «vieille», «dépassée», qui n’est plus «raccord» avec son époque. Elle dresse le même constat que Marie-Hélène Bourlard : «Les communistes ont raté un virage au tout début des années 90, ils ont oublié le monde ouvrier et le Front national en a profité. C’est dommage, car sur le fond, ils ont un vrai programme de gauche, un programme clair.» Néanmoins, la candidate tempère en se projetant vers l’avenir. «Son histoire n’est pas terminée, le PCF peut se relever et aider les gens à retrouver du sens politique», veut croire Maryam Madjidi, qui ne se considère pas comme une débutante. A ses yeux, travailler dans le social est un acte politique et il «ne faut pas avoir peur de le dire». Ses parents guettent ses premiers pas sur ce nouveau chemin avec un large sourire. Son petit frère, qui est né en France et qui travaille dans le cinéma, regarde ça de très loin, lui. Lorsqu’elle lui a annoncé qu’elle se lançait avec les communistes pour siéger à Strasbourg, il lui a répondu : «C’est quoi cette nouvelle drôle d’idée ?»

Rachid Laïreche Photos Boby, Libération

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