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Hector Berlioz : esprit romantique et déterminé, celui qui a composé la célèbre Symphonie fantastique a tout du parfait personnage de roman d’aventures.

Hector Berlioz, compositeur peu célébré de son vivant et pourtant si créatif et innovant. Né le 11 décembre 1803 à la Côte-Saint-André, en Isère, ce n’est que vers 20 ans qu’il décide d’embrasser une carrière musicale. Un âge plutôt tardif comparé aux carrières précoces de ses illustres contemporains Liszt, Mendelssohn et Chopin.

Mais n’allez pas croire que Berlioz manquait de génie ou d’ambition, bien au contraire : il a profondément marqué l’histoire de la musique grâce à l’originalité et le caractère spectaculaire de ses œuvres. Retour sur l’histoire d’un personnage hors du commun, aussi passionné que passionnant, un brin exalté et très exigeant.

Privé de piano

En bon père de famille, Louis Berlioz prend en charge l’instruction de son fils Hector. Il lui apprend l’histoire, la littérature, la géographie, et face au grand intérêt manifesté par le petit garçon pour le flageolet - une petite flûte - Monsieur Berlioz concède même quelques heures d’éducation musicale à son enfant…

Hector apprend donc à jouer du flageolet, de la flûte et de la guitare, mais on lui interdit le piano. « Fort éloigné de vouloir faire de moi un artiste, il [ndlr : son père] craignait sans doute que le piano ne vînt à me passionner trop violemment et à m’entraîner dans la musique plus loin qu’il ne le voulait », expliquera plus tard Berlioz dans ses Mémoires, ne manquant pas de faire (modestement) remarquer que sans cela, il serait probablement devenu « un pianiste redoutable, comme quarante mille autres. »

Rat de bibliothèque

Hector Berlioz aurait dû être médecin, comme son père. Sa famille l’envoie à Paris, en 1821, pour qu’il y suive des études “sérieuses”. Mais le chenapan ne va pas longtemps assister à ses cours d’anatomie, et se trouve très vite un autre lieu d’études : la bibliothèque du Conservatoire.

C’est entre les rangées de la bibliothèque - et occasionnellement à l’opéra - que Berlioz découvre le grand art de la composition. Il est notamment pris d’une « passion instinctive » pour l’oeuvre lyrique du compositeur Gluck et, entre deux lectures de partition, il rencontre les élèves de Jean-François Lesueur, son futur professeur de composition.

Contradictions et frustrations

Cette bibliothèque du conservatoire, Berlioz y est nommé conservateur adjoint en 1838. Une belle promotion ? Pas vraiment… à cette date, il est supposé être un compositeur talentueux et confirmé : détenteur du fameux Prix de Rome, très applaudi lors de la création de sa Symphonie fantastique en 1830. Un poste d’adjoint, ce n’est donc pas ce qu’il espérait .

Toute sa vie, Berlioz court après la reconnaissance de ses pairs et des institutions. Sauf que lorsqu’il l’obtient enfin cette fameuse reconnaissance, il n’est toujours pas satisfait. « Un paradoxe fait homme », dira de lui Saint-Saëns. Ainsi, quand Berlioz reçoit la Légion d’honneur, en 1864, il répond : « Je me fous de votre croix ! Donnez-moi mon argent ! »

Sur la paille

L’argent. Voilà un sujet prosaïque, bien éloigné de l’idéal romantique de notre compositeur ! Et pourtant, les questions pécuniaires ont maintes fois dicté sa vie. Car depuis qu’il a refusé de se plier aux exigences parentales, Berlioz peine à joindre les deux bouts. D’autant qu’il ne vit - et ne vivra jamais - de sa seule activité de compositeur .

Il est d’abord choriste au Théâtre des Nouveautés puis, à compter de 1830, il accepte d’endosser le rôle de critique. « Feuilletonniser pour vivre, c’est le comble de l’humiliation » regrette-t-il dans ses Mémoires. Or s’il semble mépriser sa collaboration avec la presse, il tient là un parfait outil de diffusion. Et avec ses papiers bien tournés, souvent redoutés, Berlioz fait entendre sa voix, ses opinions.

Rome : le prix oui, la ville non

Durant ses années d’études au conservatoire, le jeune Berlioz n’aspire qu’à une seule chose : décrocher le Prix de Rome. Pourquoi une telle obsession ? Le prestige, d’abord. Mais aussi le moyen de prouver à sa famille qu’il a eu raison de choisir la composition. Et enfin, la perspective d’une rentrée d’argent, car le prix « assure à l’artiste qui l’obtient une pension annuelle de trois mille francs pendant cinq ans » (Berlioz, Mémoires).

Il finit par l’obtenir, ce Prix de Rome, au bout de la cinquième tentative. Satisfait, Berlioz ? Pas tout à fait, le voilà envoyé pour deux ans à l’Académie française de Rome, la Villa Médicis. Sauf que le compositeur n’a aucune envie de quitter Paris et dans la capitale italienne, il déprime.

Il avait des idées fixes

Quand Berlioz a une idée en tête, impossible de l’en débarrasser. Paris lui manque ? Il quitte Rome avant l’échéance prévue par la Villa Médicis. Il veut faire jouer en grande pompe sa Damnation de Faust ? Qu’à cela ne tienne, il loue l’Opéra-Comique et s’occupe de tout, depuis les répétitions jusqu’au soir de la première.

Ce caractère obsessionnel, on le retrouve aussi dans sa musique. Par exemple, dans la célèbre Symphonie fantastique (1830), Berlioz fait ainsi intervenir une idée fixe, un thème musical qui revient dans chaque mouvement, une petite mélodie à laquelle le compositeur comme l’auditeur ne peuvent échapper.

Berlioz et l’éternel féminin

Dans la Symphonie Fantastique, l’idée fixe de Berlioz symbolise une femme, follement aimée mais inaccessible. Et cette muse qui a tant inspiré le compositeur ne serait autre que Harriet Smithson, actrice shakespearienne qu'il épouse en 1833, après plusieurs années passées à lui faire la cour.

Harriet Smithson est-elle le grand amour de Berlioz ? Pas tout à fait. L’actrice est incontestablement une puissante source d’inspiration pour le compositeur, mais son véritable éternel féminin (pour reprendre l’expression romantique de Goethe) s’appelle Estelle Fornier. Lorsqu’il la rencontre, à l’âge de 12 ans, Berlioz ressent une « secousse électrique ». Et près de cinquante ans plus tard, loin de l’avoir oubliée, il lui lègue par testament une rente annuelle, en souvenir des sentiments qu’il a éprouvé pour elle toute sa vie.

Belle plume

Comme tout bon musicien romantique, Berlioz puise beaucoup de ses inspirations dans la littérature. Goethe et Shakespeare sont ainsi ses maîtres spirituels et artistiques. « Je reconnus la vraie grandeur, la vraie beauté, la vraie vérité dramatique » écrit-il après avoir assisté pour la première fois à une représentation de Hamlet.

Berlioz se passionne pour les belles lettres et fait preuve, lui aussi, d’une sacrée plume. Il y a d’abord et avant tout son métier de critique musical dans lequel il s’illustre pendant près de trente ans, mais aussi des écrits plus libres et variés : une prolifique correspondance, un grand Traité d’instrumentation et d’orchestration modernes (1844), d’amusantes et théâtrales Soirées de l’orchestre, ainsi que ses romanesques Mémoires, publiées après sa mort.

Gloire posthume

Hector Berlioz meurt à Paris, le 8 mars 1869, et son enterrement est d’une simplicité déconcertante. Déconcertante car c’est le spectaculaire, le grandiloquent, qui marquent la majeure partie de son oeuvre. Symphonies, musiques religieuse et oeuvres lyriques : Berlioz s’intéresse aux grandes formations, révolutionnant l’orchestre en lui ajoutant de nouveaux instruments, de nouveaux modes d’expression.

C’est cet esprit novateur, original, que les interprètes et chefs d’orchestre ont peu à peu redécouvert, tout au long du XXe siècle. Le temps a fait son oeuvre et Berlioz a finalement rejoint le Panthéon des grands compositeurs, comme il l’avait tant espéré.

Sources France Culture

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