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Plusieurs pays européens ont décidé de ne plus livrer d’armement à l’Arabie saoudite, qui dirige une coalition contre les rebelles houthis, contrairement à la France, malgré les dizaines de milliers de morts, dont de nombreux civils.

Le 9 août, une bombe à laser téléguidée larguée par un avion de la coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite s’abattait sur un bus rempli de civils, au Yémen, faisant des dizaines de morts, dont 40 enfants. Un massacre de plus qui venait rappeler, au cœur de l’été, que cette guerre, déclenchée en 2014, a déjà fait des dizaines de milliers de morts, dont de nombreux civils, alors que, selon l’ONU, 8,4 millions de personnes sont au bord de la famine. L’émotion internationale provoquée par ce drame a forcé les gouvernements européens à condamner le raid et a contraint la coalition arabe à mener une enquête. Le rapport est tombé le 1er septembre. Des « erreurs » y sont reconnues. Mansour Ahmed Al Mansouar, l’un des membres de la commission, a concédé que la frappe était « injustifiée ». Et puis ? Et puis c’est tout. Jusqu’au prochain bombardement de civils, si rien n’est fait.

L’Allemagne, la Belgique, la Finlande, la Suède et même le Canada ont arrêté leurs exportations d’armes à la coalition. En Espagne, le nouveau gouvernement socialiste, qui a pris ses fonctions en juin, a décidé de ne pas livrer 400 bombes à Riyad – un contrat signé par la droite en 2015 –, parce qu’il craint que les bombes vendues à la monarchie du Golfe ne soient utilisées dans le conflit.

La France pourrait être déclarée complice de crimes de guerre

Tous les yeux se portent maintenant vers la France. Au cours des dix dernières années, l’Arabie saoudite a été le deuxième plus gros client de l’industrie de l’armement française, avec près de 12 milliards d’euros de contrats signés entre 2007 et 2016, juste derrière l’Inde. Comme le déclarait, hier, Tony Fortin, chargé d’études à l’Observatoire des armements, sur l’antenne de RFI : « L’étau se resserre autour de la France qui ne souhaite pas bouger sur cette question. Il y a un blocage gouvernemental sur le sujet. Il y a urgence à interrompre ces ventes d’armes, au regard des multiples attaques contre les civils et de cette guerre qui vise à étrangler les populations civiles. Il ne faut pas se voiler la face. » En mars déjà, l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (Acat) et Amnesty International, comme nombre d’ONG, réclamaient une commission d’enquête sur les exportations d’armes françaises à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, les deux principaux acteurs de la coalition engagée au Yémen. Ces ventes de matériel militaire pourraient enfreindre le droit international, notamment le traité sur le commerce des armes, et rendre complice de crimes de guerre.

Ce qui ne semble pas gêner outre mesure le gouvernement français et le président de la République, qui entretiennent les meilleures relations possibles avec l’Arabie saoudite et les Émirats. Interrogé sur les résultats de l’enquête sur la frappe du 9 août, le ministère des Affaires étrangères a déclaré que Paris « prend acte des regrets exprimés » et « rappelle la nécessité que le droit international humanitaire soit pleinement respecté dans la conduite des hostilités, particulièrement le principe de proportionnalité et de protection des civils ».

Quand Le Drian se glorifiait de la hausse des ventes d’armes

Pas un mot, donc, sur le blocus maritime infligé aux populations du Yémen grâce aux patrouilleurs et autres flottilles vendues par la France, qui continue à en assurer la maintenance. Sans parler des véhicules VAB, destinés au Liban puis redirigés vers l’Arabie saoudite, de l’artillerie, des missiles, des navires militaires ou des fusils. Pas un mot non plus sur l’opacité de la Commission interministérielle d’étude des exportations de matériels de guerre (Cieemg), seule à même de délivrer les autorisations nécessaires pour les démarchages, signatures de contrats et livraisons de matériel. Pas un mot sur l’arrêt des ventes d’armes à Riyad.

Lorsqu’il était ministre de la Défense de François Hollande, l’actuel ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, se vantait d’avoir augmenté le PIB de la France par l’action de son ministère, c’est-à-dire essentiellement les ventes d’armes. Selon le cabinet IHS, le pays est devenu le troisième exportateur d’armement en 2017, derrière les États-Unis et la Russie, et pourrait passer en seconde position cette année. Triste place sur le podium de la mort.

Délégation houthie bloquée

Les rebelles houthis du Yémen affirment que leur délégation était bloquée dans la capitale, Sanaa, à la veille des pourparlers de paix convoqués par les Nations unies, vendredi, à Genève : « L’ONU n’a pas réussi à obtenir une autorisation des pays de l’agression (Arabie saoudite et Émirats arabes unis – NDLR) pour fournir un avion omanais afin de transporter la délégation, des blessés et des personnes bloquées. »

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