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Malmenée par des Croates aussi brillants que malchanceux, l’équipe de France masculine conquiert son deuxième titre mondial grâce à deux coups du sort et à leur implacable réalisme (4-2). Un avenir prometteur s’ouvre pour cette jeune sélection.

Il y eut d’abord une respiration, vive, le souffle coupé par l’attente du coup de sifflet final. Un temps suspendu, alors que les remplaçants tricolores entamaient leur furieuse cavalcade vers des Bleus levant les bras au ciel. Seulement, alors, survint, à deux mille cinq cents kilomètres du stade moscovite de Loujniki, l’explosion de joie que les moins de 20 ans connaissent désormais. Les hurlements et Klaxon en France ont alors étreint une fin d’après-midi appelée à durer ce lundi et sans doute jusqu’à demain.

Vingt ans après le sacre de 1998 à la maison, l’équipe de France a achevé sa campagne de Moscou en soulevant la Coupe du monde aux dépens de valeureux Croates à la science du jeu sans égale, mais laissés en plan par leur bonne étoile, pour gravir la dernière marche. Grâce à un maximum de réussite/réalisme/cul bordé de nouilles (cochez la bonne case), les Bleus montent d’un rang et se retrouvent avec une seconde étoile sur leur jersey, en compagnie de l’Argentine et de l’Uruguay, deux sélections qu’ils ont, ironie du sort, vaincues aux tours précédents.

l’éclosion de cette nouvelle génération appelée à régner

Ce succès dessine ainsi une sorte de constance du foot français au très haut niveau (finale de Mondial en 1998, 2006 et 2018, finale à l’Euro 2016), que l’histoire du bus de Knysna en 2010 nous avait masquée. Il laisse entrevoir des lendemains qui chantent avec l’éclosion de cette nouvelle génération appelée à régner. Et il hisse tout en haut du panthéon Didier Deschamps. Celui qu’on ne pourra plus jamais appeler « la Desch » est devenu l’égal du Brésilien Mario Zagallo et de l’Allemand Franz Beckenbauer, jusqu’alors les deux seuls champions du monde en tant que joueurs et sélectionneurs.

Ce n’est pas un hasard si les Français ont peiné face aux Croates. Puisque le foot est affaire de statistiques, la jeune équipe tricolore avait face à elle l’une des plus expérimentées (671 sélections). Puisque le ballon rond est affaire de meneur d’hommes, les Croates en disposaient d’un avec Zlatko Dalic, sorte de Deschamps bis capable de virer une forte tête pour réaliser un amalgame d’incroyables talents qui, question pedigree, n’ont rien à envier à leurs adversaires du jour. Et puisque le foot est question de talents, ceux de Modric, Perisic et Mandzukic et Rakitic ont à nouveau fait merveille.

Totalement libérée de l’enjeu – « sortez, jouez votre football, ne soyez pas inhibés ! », les avait exhortés leur coach Dalic –, la troupe au damier a pris à la gorge les Français dès le coup d’envoi. Le ballon collé à leurs pieds les deux tiers de la première période, ils ont fait danser le bloc défensif d’en face à coups de redoublements de passes provenant souvent de leur géniale Mobylette Modric et de renversements de jeu avec le pénible Mandzukic en point d’appui. Ils auraient pu en mettre deux ou trois au fond des filets. Ils en ont mis deux. Mais la première dans leur propre but : un coup franc de Griezmann sur la tête de… Mandzukic, qui marque contre son camp (1-0, 17e). La deuxième trouve en revanche la bonne cible. Sur un énième centre mal dégagé, le contrôle pied droit et frappe pied gauche de Perisic (1-1, 27e) replonge les Bleus dans la lessiveuse qui ne gardent la tête hors de l’eau que grâce à un nouveau coup du sort. La main de Perisic dans sa surface, sur un corner de Griezmann, offre un penalty à ce même Griezmann (2-1, 39e).

Et les jeunots ont mordu à l’hameçon du collectif

Au retour des citrons, les Croates poursuivent leur cuisine à l’étouffée. Mais c’est au bord de la rupture que l’équipe de France a une nouvelle fois trouvé son salut. Et comme à chaque fois dans cette compétition, la réussite a gratifié plusieurs Bleus. D’abord Pogba, à l’origine d’un contre qu’il récupère 70 mètres plus loin pour l’envoyer dans les filets de Subasic. Cinq minutes plus tard, Mbappé achève le travail d’une frappe pleine de malice à l’entrée de la surface croate. La cagade de Lloris (4-3, 70e) remet un peu vapeur dans la Cocotte-Minute. Mais l’affaire est faite.

Pour les remporter, les finales demandent toujours d’y mettre un supplément d’âme. Les Croates avaient le leur. Lovren, Modric, Corluka et Rakitic ont, gamins, connu l’exode et le destin de réfugiés lors de la guerre de Yougoslavie. Mais les Bleus disposaient eux aussi de leur petit plus. Rien à voir avec les grands livres d’histoire. Tous les quatre ans, le Mondial propose un voyage dans un bout de monde pour une rencontre du troisième type. Trois semaines, plus trois autres reconductibles dans un simili-palace avec terrains retranchés, et les vingt-trois coéquipiers comme unique horizon indépassable. De ce huis clos où l’enfer peut rapidement venir des autres, les Bleus ont fait une sorte de colonie à thèmes : matchs de foot et team building. Le mantra du GO Deschamps y a fait merveille : « Sérénité, confiance et concentration. » Les Lloris, Varane, Pogba, Matuidi et Griezmann, la finale de l’Euro 2016 toujours en travers, se sont mués en meneurs d’hommes. Et les jeunots ont mordu à l’hameçon du collectif.

De la victoire d’hier est née une nouvelle mythologie sportive. Le lustrage d’avant match de la moustache de Rami par Griezmann a remplacé le bisou de Blanc sur le crâne de Barthez. Deschamps a agrandi les pas laissés par Aimé Jacquet. Les « Griezou » éteignent les « Zizou ». Et les enchaînements de Mbappé font passer la légende bleue des archives de l’INA aux vidéos YouTube. Avec cette deuxième étoile, le 14 juillet du foot français ne tombe plus un 12, mais un 15.

« les joueurs sont sur le toit du monde pour quatre ans »

Didier Deschamps (sur TF1) : « C’est tellement beau, surtout pour les joueurs. On n’a pas fait un énorme match, mais on a fait preuve de beaucoup de qualités mentales. Maintenant, ils sont sur le toit du monde pour quatre ans. C’est le sacre suprême, c’est merveilleux. »

Antoine Griezmann (sur TF1) : «  Là, je ne sais pas où je suis, mais je suis très heureux. On est rentrés timidement dans ce match, mais petit à petit, on s’est lâchés. (Sur mon penalty), j’ai hésité à faire la panenka de Zidane, mais finalement, j’ai préféré ouvrir mon pied. »


Stéphane Guérard, l'Humanité

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