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Des millions de personnes communient autour du ballon rond. Une passion dévorante et éphémère qui plonge aux racines de ce sport.

À quand remonte la dernière fois où vous avez hurlé dans un café en compagnie d’inconnus prêts à bondir dans vos bras ? La dernière fois où vous avez serré, angoissé, l’épaule de votre collègue de bureau ? La dernière fois que votre vieille tante a oublié ses rhumatismes en jaillissant de son fauteuil ? Ne cherchez plus. Il y a fort à parier que c’était lors d’une coupe du monde de football où brillait l’équipe de France. Et, sans être devin, il est tout aussi certain que les mêmes instants d’émotion collective vont accompagner ce soir, vers 20 heures, la demi-finale France-Belgique de ce Mondial en Russie. C’est ainsi. Que cela nous réjouisse ou nous navre, reconnaissons que le football peut se targuer d’être le seul sport à susciter un tel enthousiasme populaire, une telle euphorie partagée.

Pour le moment, cette liesse n’a pas produit de raz-de-marée de supporters dans les rues. L’interdiction jusqu’ici, pour raisons de sécurité, des retransmissions sur grand écran dans l’espace public n’y a sans doute pas aidé. Mais qu’importe. Sur les lieux de travail, dans les cafés ou dans les conversations familiales, la tension de l’événement et les pronostiqueurs de tout poil sont bel et bien là. « Il y a plus de chaleur, les gens sont heureux, témoigne le gérant du bar Au rendez-vous des chauffeurs, à Saint-Denis, non loin du mythique Stade de France. Les soirs de match, on sent vraiment la solidarité. Moi, je me rapproche des clients et eux se rapprochent de moi : la fraternité, c’est réciproque… » Mais comment expliquer cette communion autour du ballon rond, devenu, le temps d’une compétition, passion dévorante pour des millions de personnes ?

La compétition attire un public plus large que les habituels fans

L’histoire même du football, apparu au milieu du XIXe siècle en Angleterre, y est pour beaucoup. « C’est le premier sport collectif qui a organisé des compétitions à destination des spectateurs et qui s’est répandu rapidement à l’étranger », souligne le sociologue Patrick Mignon. Dès les années 1870, le ballon roule en Uruguay et en Argentine. Quant au British Home Championship, première compétition de foot opposant des équipes nationales, elle date de… 1883. Bien avant l’apparition de la Coupe du monde en 1930. « Ce sport collectif s’est structuré très tôt », confirme le sociologue du supportérisme Nicolas Hourcade. Premier à devenir professionnel. Premier à avoir son Mondial. « Le foot et notamment la Coupe du monde bénéficient aujourd’hui de leur position dominante. D’autres pratiques ou manifestations comme les JO rivalisent un peu, mais pas à ce niveau-là. »

Les règles, facilement compréhensibles, tout comme la médiatisation et le format de la compétition mondiale organisée sur un mois, attirent un public plus large que les habituels fans du ballon rond – notamment féminins. Elles favorisent également la dramaturgie et la montée du suspense. En foot, une victoire – ou une défaite – ne tient souvent à rien. Un poteau rond, une tête déviée, une petite tricherie… « Un match est une tragédie au sens où Aristote l’entend, raconte l’anthropologue Christian Bromberger. On peut passer du rire aux larmes, du bonheur à la tristesse en l’espace de 90 minutes à peine. » Un miroir universel de l’existence et de la société, en somme, où le mérite individuel ne peut exister qu’à travers le collectif de l’équipe, où la chance et la justice – arbitrale – tiennent leur part.

Regarder un match, c’est éprouver ces émotions. Et ce, de manière d’autant plus intense qu’elles sont partagées avec des millions de personnes en même temps. Plus que toute autre compétition, la Coupe du monde cultive ce sentiment d’appartenir à un ensemble. Le fameux « On a gagné ! ». « Le football offre de multiples facettes d’identification, confirme Alain Hayot, sociologue et délégué national à la culture du PCF. Il raconte notamment des choses sur la façon dont les peuples se représentent eux-mêmes. Le foot-samba et populaire du Brésil, le jeu technique et créatif ‘‘à la française’’ de Platini à Zidane. Des visions qui en disent autant sur les styles de ces équipes que sur la façon dont les peuples se regardent. » Vecteur de fierté et de patriotisme, le foot reste ainsi un terrain où s’expriment et s’affrontent les identités, qu’elle soit nationales ou locales. « Mais elles ne s’expriment pas de manière guerrière. Au contraire, c’est une façon non agressive, pacifique et sans se prendre trop au sérieux, de réaffirmer le fait qu’on est belge ou allemand ou français », explique Patrick Mignon.De ce fait, l’équipe nationale, censée représenter le pays, est l’objet de toutes les attentions, avec une communication millimétrée. Elle devient également un enjeu politique. Au moment du scandale Knysna en 2010, le président Nicolas Sarkozy était intervenu, recevant le capitaine de l’époque, Thierry Henry, à l’Élysée. « Sur le plan de l’intégration, l’équipe de France joue aussi un rôle certain, poursuit Patrick Mignon. Elle est représentée par de nombreux joueurs issus de l’immigration. Et de les voir dans un rôle d’honneur par rapport au maillot et à la France, mine de rien, cela peut bousculer les représentations et préjugés. En 1998, le fameux black-blanc-beur, c’était ça. Cela se rejoue aujourd’hui. » Mais avant de lancer des « Mbappé président ! » sur les Champs-Élysées, il faut déjà passer l’obstacle belge.

Sources l'Humanité

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